
Pour aller plus loin...

Projet pédagogique en 2012 : créer un livre de contes de Noël

Ce livre est né d’une idée sûrement aussi vieille que le monde : comment apprendre quelque chose à des enfants en leur donnant l’impression de jouer ?
Platon écrivait déjà : « Garde-toi de donner par force aux enfants l'aliment des études, mais que ce soit en le mêlant à leurs jeux, afin d'être encore plus capable d'apercevoir quelles sont les inclinations naturelles de chacun. »
Les consignes étaient simples : les enfants devaient écrire un conte de Noël. Ils pouvaient travailler seuls, à deux ou à trois. Ils pouvaient poser toutes les questions qu’ils souhaitaient et pouvaient utiliser tout ce qu’ils voulaient pour s’aider. Je leur ai expliqué la notion de plagiat afin qu’ils laissent leur imagination prendre le pas sur leurs souvenirs.
C’est ainsi que des garçons discrets en classe se sont révélés être des hommes d’action dans leur imagination, que des fillettes timides ont montré qu’elles rêvaient de se mettre au premier plan. J’en ai appris beaucoup plus sur eux en les observant libres de la contrainte des points qu’en les interrogeant sur les matières purement scolaires. Ces jeunes sont des enfants avant d’être des élèves…
Bien sûr, ce n’est pas pour faire ces observations que le ministère me verse un salaire. Qu’il se rassure ! Ma mission d’enseignement a aussi été menée à bien. En effet, par le biais de ce travail, les enfants ont posé spontanément les bonnes questions :
- Comment éviter de répéter les mêmes mots ?
- Par quel signe de ponctuation peut-on dire que quelqu’un est fâché ?
- Si le sujet, c’est chacun, on doit mettre le verbe au pluriel ou au singulier ?
- Comment faire si on ne trouve pas un mot dans le dictionnaire ?
Ces questions, ainsi que les centaines d’autres que je n’ai pas reprises, m’ont rappelé un des maîtres qui a guidé mon parcours pédagogique, Baden Powell.
Celui-ci disait, entre autres, que les connaissances que l’on a cherchées restent et celles que l’on n’a pas cherchées se perdent.
Il est clair que tous ces récits ne se valent pas au point de vue littéraire. Par contre, ils sont le fruit du meilleur de chaque enfant.
J’ai refusé certaines histoires parce qu’elles ne respectaient pas les consignes que j’avais données : un vocabulaire trop « coloré », un sujet trop proche d’un film récent, une histoire vide de contenu…
Les enfants ont accepté mes refus parce que je les avais justifiés et non parce que je représentais l’autorité.
Saint-Exupéry écrivait dans le Petit Prince : « Il faut exiger de chacun ce que chacun peut donner, reprit le roi. L'autorité repose d'abord sur la raison. J'ai le droit d'exiger l'obéissance parce que mes ordres sont raisonnables. »
Les enfants et moi avons vécu une belle expérience en réalisant ce livre. J’espère qu’il vous donnera autant de plaisir qu’à nous et je vous souhaite une bonne lecture.
Christian Boucart, décembre 2012