
Pour aller plus loin...

Projet pédagogique en 2008 : une pièce de théâtre
Partie de poker à Nightingale House
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lecture du livre
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choix des acteurs
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transformation du texte (discours indirect en discours direct)
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gestion du temps
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gestion de l’espace
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développement de la mémoire
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maîtrise de l’intonation
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maîtrise du volume
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maîtrise de la gestuelle et du langage non verbal
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réalisation des décors en activités manuelle
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recherches sur Conan Doyle
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recherches sur l’architecture de l’entre-deux guerres
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rédaction de critiques constructives
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arriver à justifier ses remarques
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acceptation des critiques et remise en question
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développement de l’esprit d’équipe
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résolution de problèmes
Phase 1 : lecture
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distribution des rôles (acteurs, souffleur, créateurs des décors et des costumes, son et lumière, publicité…)
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lecture à haute de voix de l’entièreté du texte et chronométrage
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note des remarques des autres
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lecture en scène
Phase 2 : mise en scène
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création des décors, sur plan et ensuite en réel
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création des costumes en respectant les consignes d’époque et les mesures
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corrections du volume, du débit, de l’intonation et de la gestuelle
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correction des déplacements
Phase 3 : la pièce
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rédaction d’une présentation et d’invitations
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calcul des achats à faire pour la restauration du public en fonction d’un budget donné, calcul du prix de vente en fonction du PA et du PR
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gestion de l’éclairage
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réservation d’une caméra
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aménagement de la salle en fonction de l’espace et du nombre de spectateurs attendus
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réalisation du projet

Partie de poker à Nightingale House
De Christian Ponchon - Adaptation de Christian Boucart
Présentation
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La scène :
Une grande salle contenant des tables, chaises et meubles de salon. Une porte donne sur la cuisine, une autre donne sur un petit salon. La décoration date des années ’30.
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Les personnages :
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un narrateur (voix off)
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James Watson
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Gran’ Ma
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Le docteur Olive
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Le docteur Black (la victime)
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Mrs Periwinkle
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Miss Rose
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Mrs White
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Le professeur Purple
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Le colonel Mustard
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John Fildgerald Pendwick
Narrateur : L’histoire que vous allez voir aujourd’hui est celle de James Watson. Watson, ça vous dit quelque chose, non ? Pas vraiment ? Et si je vous dit : « élémentaire mon cher Watson ». Ah ! ça y est. Attendez, attendez ! Ce n’est pas celui auquel vous pensez, le célèbre docteur Watson, le plus fidèle compagnon du non moins célèbre détective Sherlock Holmes. Non ! Il est seulement son petit-neveu. Il a 12 ans, bientôt 13, et il vit à Dublin, en Irlande.
Vous connaissez certainement le dicton : « Bon sang ne saurait mentir » ? Et bien ! Figurez-vous qu’il y a quelque temps, plus précisément en avril de cette année 1934, alors qu’il était en vacances à Wexford, une ville irlandaise située au sud de Dublin, il fut amené à résoudre sa première enquête policière.
Et sans fausse modestie, je crois bien que son grand-oncle n’aurait pas désavoué la manière dont il a réussi à dénouer cette affaire.
Tout a vraiment commencé un mardi matin. Il était arrivé la veille à Nightingale House, une petite pension de famille tenue par Gran’Ma, son ancienne nourrice. Ici d’ailleurs, tout le monde l’appelle Gran’Ma.
(Quand le narrateur annonce les noms, les acteurs viennent se placer sur scène, sauf le Dr Black)
À l’heure du petit déjeuner, ce mardi matin donc, les pensionnaires de Gran’Ma étaient réunis dans la salle à manger. Pour la plupart, ce sont des habitués qu’il connait depuis des années, à part une nouvelle, Miss Rose, une vieille fille entre deux âges, souple comme une lame de couteau et douce comme du papier de verre. Pas aimable, aimable, si vous voyez ce que je veux dire, jamais un sourire.
Les autres sont le docteur Olive, un ancien médecin qui a longtemps vécu aux colonies. Il en a ramené une patte folle, une toux chronique et surtout l’habitude de fumer la pipe à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. C’est le vieil homme le plus colérique qu’il lui ait été donné de rencontrer, toujours prêt à se quereller avec n’importe qui, à propos de n’importe quoi mais c’est celui qu’il préfère.
Il y a aussi naturellement Gran’Ma, qui s’occupe principalement de la cuisine de la pension.
Mrs Periwinkle est une vieille dame d’au moins 120 kilos qui reprend toujours 3 fois de l’excellent pudding que prépare Gran’Ma pour le dessert. Elle a le cœur fragile et il paraît qu’elle est très riche, ce qui ne l’empêche pas de ne lui donner qu’un demi-penny pour Noël.
(Grand’Ma retourne dans sa cuisine.)
Le professeur Purple est un sacré original. On raconte qu’il a été un grand savant, un spécialiste des étoiles et de la Lune. Et à propos de lune, il y est souvent…
Le colonel Mustard est, lui, un officier à la retraite.
Il y a encore Mrs White, une vieille dame sympathique et le docteur Black.
Bref ! Au total 8 personnes, toutes en vacances dans l’un des plus beaux paysages d’Irlande, près de la pointe Carnsore, qui s’ouvre sur la mer Celtique.
Et c’est là que tout s’est mis à dérailler, puisque seulement 7 personnes attendaient que Gran’Ma commence à servir les toasts et les œufs au bacon. Le docteur Black était en retard.
Docteur Olive (en râlant et en tapotant le dossier de la chaise vide avec sa canne) : Mais qu’est-ce qu’il fiche encore, ce bougre d’apothicaire du dimanche ?
Grand’Ma (de sa cuisine) : James ! Va donc voir dans le petit salon. Le docteur Black y lisait son journal il y a encore quelques minutes.
James va dans le petit salon.
James (du petit salon) : Docteur Black ? Tout le monde vous attend. Ça va, docteur ?
James revient dans la salle à manger au bout de quelques instants, l’air bizarre.
Mrs Periwinkle : Alors, tu l’as trouvé ? C’est que j’ai faim, moi !
James ne répond pas.
Mrs White : James, tu l’as trouvé, oui ou non ?
James fait oui de la tête.
Dr Olive : Et tu ne l’as pas ramené, cet artiste de l’euthanasie ?
James : C’est-à-dire…qu’il n’est pas bien, le docteur, pas bien du tout.
Mrs Periwinkle : Comment ça, pas bien ?
Dr Olive : Pas bien, pas bien ! Mais il est dans la force de l’âge, cet homme-là ! Il nous enterrera tous, malheureusement.
James : Et bien, en fait, c’est tout le contraire : le docteur Black est mort. Il a le couteau à manche de corne dont se sert Gran’Ma pour désosser les gigots planté dans le dos. Je l’ai trouvé affalé sur le bureau, la tête tournée sur le côté, les yeux ouverts et sans aucune expression.
(Mrs Periwinkle se sent mal et Gran’Ma vient la soutenir et lui faire respirer des sels, Miss Rose s’assied lourdement sur une chaise.)
Dr Olive : Mais qu’est-ce qu’il nous a fait, cette espèce de trafiquant de tisanes ? Avait-il besoin de nous gâcher notre petit-déjeuner ?
Pr Purple (devant la fenêtre) : Il pleut de plus en plus et la mer commence à être grosse. Nous risquons d’être isolés, comme l’an passé.
Col Mustard : Il faut prévenir la police de Wexford immédiatement !
Mrs White : Oh ! La police de Wexford, est-elle seulement capable d’attraper les voleurs de poules ?
Col Mustard : Mais il s’agit d’un assassinat tout de même. Nous ne pouvons pas…
Gran’Ma : Justement, n’est-il pas possible de résoudre cette fâcheuse affaire avec discrétion ?
Mrs Periwinkle : J’ai une suggestion à vous faire. Mon neveu est l’un des meilleurs détectives privés de Dublin. Il pourrait nous aider. Et ça ne nous coûterait pas un seul shilling.
Dr Olive : Ce n’est pas une question d’argent. Nous n’avons que faire d’un détective de la capitale.
Gran’Ma : Mais la discrétion…
Col Mustard : Gran’Ma a raison. Il vaut mieux éviter d’ébruiter cette affaire. Il nous faut quelqu’un de discret.
Mrs Periwinkle : Et d’efficace ! Mon neveu est le plus fin limier de tout le Royaume-Uni.
Dr Olive : Bon ! Puisque tout le monde semble d’accord, va pour le plus fin limier du Royaume-Uni.
Mrs Periwinkle : C’est dit ! Je lui envoie un télégramme de ce pas !
(Tout le monde quitte la scène et les lumières s’éteignent quelques instants)
(On frappe à la porte)
Gran’Ma : Voilà, voilà, j’arrive tout de suite ! (Elle ouvre la porte) Entrez vite au chaud, M. Pendwick, sinon vous allez attraper quelque chose !
(Les autres reviennent dans la pièce)
Pendwick (trempé) : Merci, madame. J’ai sauté dans le premier train pour Wexford, suite au télégramme de ma tante, mais j’ai eu toutes les peines du monde pour arriver jusqu’ici car la route était en partie coupée par la tempête.
Gran’Ma : Je vous prépare un bon bol de soupe chaude ?
Pendwick : Non, merci, je suis harassé et je souhaiterais me reposer.
Mrs Periwinkle : C’est que… tu ne veux pas commencer ton enquête tout de suite ?
Dr Olive (d’un ton ironique) : Ah ! Mais chère amie, là-bas, dans la capitale, on ne commence jamais une enquête en arrivant. Un mort peut toujours attendre. Notre grand détective doit d’abord se reposer.
(Pendwick et le Dr Olive se regardent un moment sans rien dire, la haine est perceptible, puis Pendwick se retourne vers sa tante)
Pendwick : Ma chère tante, vous avez entièrement raison, cette enquête ne peut attendre. Allons rendre une petite visite de politesse à notre … épinglé.
(Pendwick entre dans la pièce, les autres sont agglutinés devant la porte)
Pendwick : C’est un très beau couteau, mais ce n’est pas vraiment sa place ici. Tiens, tiens, voilà qui est intéressant, très intéressant, même !
(Pendwick ressort de la pièce et regarde chacun en insistant sur le Dr Olive, qui tient son regard. Le docteur allume sa pipe avec le chandelier et souffle la fumée vers le détective)
Pendwick : Bien ! Nous en avons terminé pour ce soir.
Col Mustard : Mais…
Pendwick : Je ne vous cache pas qu’au stade de ces premières investigations, vous êtes tous suspects.
Mrs White : Tous ?
Pendwick (en désignant James) : Il me semble évident que ce garçon est trop jeune pour faire un parfait assassin. Je le crois volontiers étranger à cette misérable affaire. Quant à ma chère tante, je ne peux envisager une seule seconde qu’elle ait pu participer de près ou de loin à l’accomplissement d’un aussi horrible forfait.
Gran’Ma : Et moi ?
Pendwick : Sauf votre respect, madame, je devine que l’arme du crime vous appartient.
Gran’Ma : C’est le couteau avec lequel je désosse les gigots.
Pendwick : Raison de plus, madame, raison de plus…
Pr Purple : Je pense que la tempête va augmenter d’intensité avant demain.
Dr Olive (en hurlant) : Oh ! Mais fermez-la, vous, le Martien ! Vous croyez que c’est le moment de faire des prévisions météorologiques ?
Pendwick : Du calme, cher monsieur, du calme. Vous me semblez bien nerveux. Auriez-vous quelque chose à vous reprocher ?
Cette affaire est assez banale après tout. À Dublin, j’en traite quotidiennement de bien plus complexes. Croyez bien que dès l’aube, j’aurai fait toute la lumière sur elle.
Mrs Periwinkle : Vous voyez comme il est extraordinaire ? Je suis certaine que dans quelques heures, nous en aurons terminé avec cet horrible contretemps.
Pendwick : Mesdames, messieurs, et vous, ma chère tante, je vous ferai donc part de mes conclusions demain matin à neuf heures précises ici même.
Gran’Ma : Et le docteur Black ?
Pendwick : Oh ! Ne vous inquiétez pas pour lui : il ne risque pas de s’envoler !
Maintenant, je voudrais me reposer. Où puis-je dormir ?
James : Si vous voulez, vous pouvez prendre ma chambre.
Gran’Ma : Oui, c’est une excellente idée. James dormira dans mon lit, comme quand il était petit.
(Tout le monde quitte la pièce en souhaitant une bonne nuit sauf James et Pendwick)
James : Monsieur Pendwick ?
Pendwick : Tu peux m’appeler John, mon garçon. Toi, c’est James, n’est-ce pas ?
Et bien, que voulais-tu, mon cher James ?
James : Vous avez déjà une petite idée, n’est-ce pas ?
Pendwick : Sur quoi, diantre ?
James : Mais sur l’identité de l’assassin de ce pauvre docteur Black, à cause de ce que vous avez trouvé de si intéressant tout à l’heure.
Pendwick : J’ai bien quelques soupçons, mais ils demandent à être confirmés. Les indices sont minces et si je veux confondre le suspect, je dois jouer fin. Mais j’aime ça. Vois-tu mon garçon, une affaire criminelle se traite comme une partie de poker. Tu connais le poker ?
James : Un peu.
Pendwick : Alors, tu as dû remarquer que dans ce jeu, tu peux gagner même quand tu as des cartes faibles. Tout est question de psychologie.
Voilà ta première leçon, apprenti détective…
(Ils sortent, les lumières s’éteignent)
(Un par un, les personnages entrent, à commencer par Gran’Ma)
Grand’Ma : Bonjour. Vous avez pu passer une bonne nuit ?
Mrs White : Oui, merci, malgré ces événements, je suis arrivée à dormir convenablement.
Col Mustard : Tiens, Miss Rose n’est pas encore levée ?
Gran’Ma : James, veux-tu aller voir si elle arrive ?
James (en sortant) : J’y vais tout de suite.
(Les autres s’asseyent et boivent leur thé)
James (essoufflé) : Miss Rose… Miss Rose, elle…
John : Et bien quoi, miss Rose ?
James : Elle… elle est morte !
Col Mustard : Morte ? Mais comment ça, morte ?
James : Morte, je vous dis. Elle est assise sur son lit, elle regarde le mur d’en face et le cordon des rideaux lui enserre la gorge. Elle a été étranglée !
Pendwick : je monte vite voir cela ! (il sort)
Gran’Ma : Ma réputation est fichue ! Dire que c’était une maison si respectable !
(Elle quitte la pièce en pleurant. Mrs Periwinkle a un malaise et le dr Olive l’aide à s’asseoir sans un fauteuil)
Dr Olive : Qu’est-ce que c’est que ce bazar ? Mais qu’est-ce que c’est que ce bazar ?
(Pendwick revient dans la pièce)
Mrs Periwinkle : John, mon garçon, fais quelque chose pour arrêter cet horrible cauchemar !
Pendwick : Ma chère tante, je dois avouer que ce nouveau crime ne me facilite pas les choses. Mais croyez bien que je suis déjà arrivé à certaines conclusions et qu’il conviendra seulement que je les vérifie à la lumière de ce nouveau forfait. Ensuite, je vous livrerai, pieds et poings liés, l’auteur de ce double crime. Je vous le promets !
Mrs White : Ne croyez-vous pas qu’il serait temps d’appeler la police ?
Col Mustard : Impossible, le téléphone est coupé. Et avec la tempête qui continue de plus belle, sortir serait suicidaire. Même le plus fort d’entre nous serait balayé par le vent comme un fétu de paille. Nous sommes bel et bien coincés !
Pendwick : James, quand tu es entré dans la chambre de Miss Rose, tu n’as touché à rien ? Tu n’as rien déplacé ?
James : Non, John, je vous assure. J’aurais aimé pouvoir vous aider, mais…
Pendwick : Allons, ne sois pas déçu. Je pense que tu peux être utile à notre enquête en fouinant discrètement dans la maison et ce soir, tu me feras un rapport détaillé sur les allées et venues de nos amis. Je verrai ainsi si mes soupçons se confirment.
Pr Purple : Et la tempête ne se calme pas, au contraire.
Mrs Periwinkle : je monte me reposer dans ma chambre. Ces émotions ne me réussissent pas…
(Elle sort. Pendwick s’assied dans un fauteuil et s’endort. Mrs White s’assied dans un autre se met à lire.)
Dr Olive : Colonel, professeur, cela vous dirait, une partie de cartes ?
Pr Purple : Pourquoi pas ?
Col Mustard : Avec plaisir, cela nous changera les idées.
Dr Olive : James, tu viens jouer avec nous ? Jouer avec un mort serait assez déplacé dans le contexte…
James : J’arrive tout de suite
Gran’Ma : Désolée messieurs, mais c’est l’heure du thé.
Dr Olive : Tant pis, ce sera pour une autre fois. Le thé, c’est sacré, et avec les cookies de Gran’Ma, ce serait un nouveau crime de rater ça…
(Ils sortent tous sauf James qui s’approche de Pendwick endormi)
James (en secouant Pendwick) : John ?
Pendwick (en sursaut) : Qu’est-ce que c’est ? Ah, c’est toi ! J’espère que tu m’apportes des bonnes nouvelles !
James : Et bien non, je suis complètement dans le cirage. Certaines personnes ont peut-être un comportement inhabituel, mais je ne pense pas qu’il faille en tirer de conclusions hâtives. De plus, je connais les locataires de Gran’Ma depuis trop longtemps pour les imaginer en criminels.
Pendwick : Mon pauvre James ! Comme tu manques de psychologie ! Même la personne la plus aimable du monde peut se révéler parfois un être machiavélique. Ce n’est qu’une question de circonstance. Et puis, au cas où tu l’aurais oublié, nous avons deux macchabées sur les bras. Et comme ils ne sont pas tombés du ciel, celui qui nous a fait ce cadeau fait bien partie de tes amis !
James : Ce dont je suis sûr, c’est que le Dr Olive est complètement innocent.
Pendwick : Mais c’est tout le contraire, mon pauvre ami ! Ce vieux colérique est, à mon avis, le digne successeur de Jack l’Eventreur. C’est lui, l’assassin, ça saute aux yeux. Il s’est d’abord débarrassé de son confrère, certainement pour une banale question de rivalité. Ensuite, il a tué cette grande seiche de Rose, pour une raison que j’ignore encore. Peut-être avait-elle simplement découvert ses agissements ?
James : Vous avez des preuves ?
Pendwick : Des preuves ? Dans ce genre d’affaires, les preuves ne sont pas toujours nécessaires. Je te l’ai déjà dit, une enquête est comme une partie de poker. On peut la gagner même avec un petit jeu. Tout n’est qu’une question de psychologie.
James : Tout de même, une preuve…
Pendwick : Oh ! Puis, ça suffit, James. Tu m’embêtes à la fin. C’est lui le coupable, un point c’est tout !
James : Je pense que… vous… faites erreur. Je suis certain que le docteur n’a rien à se reprocher.
Pendwick : Et bien, tu n’as qu’à le prouver ! Je me demande si j’ai bien fait de t’initier à l’art difficile de l’enquête criminelle. Je crois que tu n’en es pas digne. De toutes façons, je n’aurai pas besoin de toi pour le démasquer. Je le tiens presque. Avec ou sans preuves, je le ferai tomber ! Les autres ne m’intéressent pas, James. C’est lui que je veux ! Et ne te mets pas en travers de ma route, sinon tu le regretteras ! Sur ce, allons prendre le thé…
(Ils sortent et la lumière s’éteint)
(Pendant que la lumière est éteinte, on entend sonner 3 coups de l’horloge et on voit une ombre se balader sur la scène, sans pouvoir la reconnaître)
(La lumière se rallume et tous reviennent sur scène, sauf James, Pendwick et Mrs Periwinkle. Ils ont l’air effondrés.)
Gran’Ma : Mais ce n’est pas possible ! ça ne finira donc jamais ?
Col Mustard : Allons, allons, Gran’Ma, remettez-vous !
Pr Purple : Dites, vous avez vu ça ? La tempête s’est calmée !
James (en entrant) : Que se passe-t-il ?
Gran’Ma : C’est Mrs Periwinkle…
James : Quoi, Mrs Periwinkle ?
Mrs White : Elle a été assassinée, elle aussi.
James : Comment ça s’est passé ? Qui a trouvé le corps ? Expliquez-moi !
(Pendwick entre alors avec un paquet en main)
Pendwick : Une fois de plus, un mystérieux assassin vient de frapper. Et c’est ma chère tante qu’il a choisie cette fois-ci. Mais ce dangereux criminel ne m’échappera pas. Et je crois être en mesure, dès maintenant, de le démasquer devant vous.
La dernière victime, c’est-à-dire ma pauvre tante, a eu le crâne fracassé. Avec ceci.
(Il sort l’objet du sac, c’est un chandelier)
Oui, c’est bien l’arme du crime ! Mais le criminel a commis une erreur : il a eu le tort d’abandonner sur place cette pièce à conviction et surtout d’y laisser ses empreintes !
Docteur Olive, je vous accuse du meurtre du docteur Black !
Dr Olive : C’est… c’est ridicule ! Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
Pendwick : Docteur olive, je vous accuse aussi de l’assassinat de Miss Rose.
Dr Olive : Mais non ! Ce n’est pas moi !
Pendwick : Et je vous accuse enfin d’avoir tué ma pauvre tante.
Col Mustard : Ça alors ! Qui l’aurait cru ?
Pendwick : La corde qui vous pendra est prête, mon cher ! La potence est déjà dressée !
James : Ce n’est pas le docteur qui a tué Mrs Periwinkle.
Pendwick : C’est quoi, cette histoire ? Tu es devenu fou ? Mes preuves sont irréfutables !
James : Des preuves ? Vous voulez parler des empreintes ? Mais rien ne dit qu’elles datent de cette nuit.
Pendwick : Arrête de faire l’intéressant, James. Tu vas te rendre ridicule !
James : Non ! Cette nuit, j’ai entendu des pas vers 3 heures du matin. Quelqu’un a sûrement cherché à récupérer le fameux chandelier.
Mrs White : Mais dans quel but ?
James : Lors de la première altercation entre M. Pendwick et le docteur Olive, celui-ci s’était servi du chandelier pour allumer sa pipe, rappelez-vous. L’assassin s’en est souvenu et a vu quel parti il pouvait en tirer pour faire accuser le docteur après avoir supprimé Mrs Periwinkle.
Pendwick : Toutes ces histoires ont dû monter à la tête de ce jeune garçon. Je reconnais que j’ai eu tort de le laisser se mêler de mon enquête.
Col Mustard : Oui, ce n’est pas un jeu pour un esprit faible.
James : Je suis sûr que ce n’est pas le docteur Olive qui a tué Mrs Periwinkle. Et je peux en apporter la preuve.
Pendwick : Ainsi, l’élève veut se mesurer au maître ? As-tu suffisamment de cartes en mains pour oser me défier, jeune freluquet ?
James : Je savais que M. Pendwick soupçonnait le docteur Olive. Aussi, hier soir, j’ai déposé devant sa porte un peu de poussière que j’avais récupérée dans le seau à charbon de la cuisinière. Notre visiteur nocturne avait pris la précaution de se déchausser pour faire le moins de bruit possible en traversant les couloirs. Donc, si le docteur a quitté sa chambre cette nuit, il doit encore conserver la trace noire sur la plante des pieds.
Col Mustard : Nous en aurons vite le cœur net ! Enlevez vos chaussures, docteur…
(Le Dr Olive enlève ses chaussures et ses chaussettes. Il montre ses pieds à tout le monde : ils sont propres.)
James : Mais je n’ai pas fait que mettre de la poudre de charbon devant la porte du docteur. J’en ai aussi mis devant une autre porte.
Col Mustard : Quelle autre porte ?
James : celle de la personne que je soupçonne d’être le vrai coupable, de la personne qui avait intérêt à supprimer Mrs Periwinkle !
Gran’Ma : Et aussi le docteur Black et Miss Rose.
James : Non, non, non ! Ne parlons que de Mrs Periwinkle pour l’instant. On verra plus tard pour les autres. Il suffirait que chacun enlève ses chaussures, nous serions complètement et définitivement fixés.
Pendwick : Cette histoire est ridicule ! Nous ferions mieux d’appeler la police, qui saura…
Col Mustard : Enlevons tous nos chaussures, et finissons-en une fois pour toutes.
Mrs White : D’accord, faisons cela.
(Ils enlèvent leurs chaussures, sauf Pendwick, qui sort un revolver de sa poche et le pointe sur James)
Pendwick : Reculez tous, bande d’imbéciles ! Si vous croyez que j’ai fait tout ça pour me laisser avoir par un gamin…
Mrs White : Ainsi, c’était vous ? Votre propre tante…
Pendwick : Et alors ? Elle était pleine aux as ! Et moi, j’avais besoin d’argent. À son âge, c’est inconvenant de dormir sur un matelas cousu d’or quand sa seule famille se débat avec d’énormes dettes de jeu.
Col Mustard : Mais vous êtes un monstre !
Mrs White (en se cachant derrière le colonel) : Oui, un monstre !
James : Je dois avouer que vous me surprenez, mon cher John, je ne vous imaginais pas aussi… machiavélique.
Pendwick : Je te l’ai dit, mon jeune ami. Tu manques trop de psychologie pour faire un bon détective.
Mrs White : Mais alors, si c’est seulement le magot de votre tante qui vous intéressait, pourquoi avez-vous tué les autres ?
Col Mustard : Sûrement pour faire diversion. En assassinant le docteur Black et Miss Rose, ce malfaisant nous entraînait sur une fausse piste. Il n’avait alors plus qu’à tuer sa tante et le tour était joué. Il faisait ainsi d’une pierre deux coups. Il empochait le magot de la pauvre vieille en faisant porter le chapeau à un autre, c’est-à-dire à notre ami Olive.
Pendwick : Alors, les vieux débris, vous aussi, vous avez envie de jouer au détective ? Sauf qu’il y a un accroc dans votre raisonnement, mon cher colonel. J’ai bien tué la grande seiche de Miss Rose et ma tante, mais pour ce qui est du docteur Black, adressez-vous à quelqu’un d’autre. Votre épinglé était déjà mort quand je suis arrivé.
Gran’Ma : Mais alors, qui a tué le docteur Black ?
Dr Olive (en frappant le bras de Pendwick avec sa canne) : Ça, c’est de la part des vieux débris !
(Pendwick lâche son arme en hurlant, le Dr Olive en profite pour le frapper)
Dr Olive : Et ça, c’est pour m’avoir discrédité aux yeux de mes amis !
(Pendwick recule pour éviter les coups de canne et il tombe par terre. Les autres se jettent sur lui et le ficellent avec la corde des rideaux puis reculent)
Pr Purple : Tiens, c’est bizarre, je n’avais pas remarqué ce brave garçon ficelé comme un saucisson…
(Cela fait rire tout le monde)
Pendwick : Ne vous réjouissez pas si vite ! Il reste encore un assassin à démasquer.
James : Je crois qu’il n’est pas difficile de répondre à cette question. Rappelez-vous, quand M. Pendwick est arrivé à Nigtingale House. En auscultant le corps du docteur, il a trouvé quelque chose d’intéressant, un indice qui l’a mis sur la piste du criminel. C’est bien cela, « cher ami » ? À partir de ce moment-là, il aurait pu prévenir a police pour qu’elle arrête le coupable.
Mrs White : Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ?
James : Parce que dans sa tête a germé alors une machination diabolique. Ce premier assassinat, dont il n’était bien sûr pas l’auteur, allait lui donner l’occasion de se débarrasser de sa tante et ainsi d’hériter de sa fortune.
Pendwick : De son immense fortune, même.
James : Mais pour égarer les soupçons, il devait faire diversion, comme a si bien dit le colonel. Ila donc commencé par tuer une autre personne avant de s’attaquer à sa parente.
Mrs White : Mais alors, il aurait pu tuer n’importe lequel d’entre nous ?
James : Bien sûr que non ! Pour réussir son coup, John devait se débarrasser de la seule personne qui, en plus de lui-même, connaissait l’identité de l’assassin du docteur Black.
Dr Olive : Tu veux dire que Miss Rose connaissait l’assassin de Black ?
Mrs White : Je ne comprends pas, James. Pourquoi Miss Rose aurait-elle connu l’identité de l’assassin de ce pauvre docteur Black ?
James : Parce que… c’est elle, l’assassin du docteur Black !
Gran’Ma : James, tu es fou ? Pas Miss Rose…
James (en s’approchant de Pendwick) : Alors, mon cher John, le plus grand détective de tout le Royaume-Uni nous fera-t-il l’honneur de nous dire comment il a découvert que Miss Rose a tué ce pauvre docteur Black ?
Pendwick : J’ai trouvé un cheveu à côté du bras du docteur, et un cheveu roux. Or, il n’y avait qu’une personne de cette teinte parmi vous.
Dr Olive : Et pourquoi a-t-elle tué mon cher confrère ?
Pendwick : Oh ! Une sordide histoire d’argent entre eux, je n’ai pas eu de mal à la faire avouer.
James : C’est à partir de ce moment-là que vous avez élaboré votre plan. En toute logique, vous avez commencé par vous débarrasser d’elle, car elle était la seule à pouvoir compromettre votre projet. Il ne vous restait plus qu’à éliminer votre tante à l’aide du chandelier que notre brave docteur Olive avait tenu en mains un peu auparavant. Et le docteur devenait alors un coupable idéal. Élémentaire, non ?
Pendwick : Comment as-tu compris mon rôle dans cette affaire ?
James : Vous vous acharniez trop sur le docteur Olive. Ça m’a mis la puce à l’oreille. Dans cette affaire, il fallait faire preuve de psychologie. N’est-ce pas vous qui me l’avez appris ?
Pr Purple : Hé, vous avez vu ? Il ne pleut plus ! Tout est bien qui finit bien !
(Rideau)